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n°18  |  Septembre   2007
Tribune

Environnement et informatique : une priorité pour Bull
Entretien avec Bruno Pinna, Directeur Marketing de Bull

De nombreux observateurs indiquent aujourd’hui que les préoccupations environnementales sont en train de devenir vitales dans l’industrie informatique, en citant fréquemment en exemple la croissance sans limites des grands « datacenters » Internet. Doit-on anticiper dès maintenant que la dimension environnementale va devenir une composante essentielle et pérenne de notre industrie ?

En toute objectivité, l’informatique n’est pas l’industrie la plus gourmande en énergie. L’Agence de Protection Environnementale américaine (EPA) a publié début août 2007 une synthèse1 indiquant que l’énergie consommée dans l’ensemble des centres de calculs américains ne représente que 1,5 % de la consommation globale du pays. L’informatique à l’échelle d’un pays consommerait donc à peu près autant que les téléviseurs de celui-ci. Une consommation qui ne menace pas de bousculer les grands équilibres, même s’il faudrait y ajouter la consommation induite par la fabrication des technologies elles-mêmes, qui n’est mesurée par aucune étude disponible.

Difficile d’ailleurs de tenter un bilan global. Car si l’informatique consomme, c’est avant tout pour automatiser et dématérialiser des processus qui eux, étaient bien plus consommateurs que les processus numériques qui les ont remplacés.

Mais dans un monde où la sensibilité écologique devient – à juste titre – essentielle, il est maintenant acquis que le contrôle de la consommation des infrastructures informatiques est un facteur essentiel. Entre 2000 et 20052, la consommation des serveurs installés dans le monde a doublé, passant de 6,7 gigawatts à 14 gigawatts, soit l’équivalent de 14 centrales nucléaires. Et un doublement de consommation est encore à l’ordre du jour pour les 5 années qui viennent. Bien entendu, la performance de ces serveurs dans la période de 2000 à 2005 a, elle, bien plus que doublé. Selon la loi de Moore, elle a probablement évolué d’un facteur 6 à 7. Le bilan est vertueux, mais devrons-nous construire 14 centrales nucléaires de plus d’ici à 2010, rien que pour l’informatique ?

Nick Carr, analyste américain réputé du monde informatique, dans son blog (www.roughtype.com), attirait l’attention dès décembre 2006 sur le fait que chacun des 15 000 avatars en ligne dans Second Life (hébergés sur 4000 serveurs) consommait, en moyenne, autant qu’une personne réelle !

Trop de serveurs ? Peut-être pas ! Mal distribués, mal optimisés ? Sans doute.

De nombreux clients nous le disent : il leur est de plus en plus difficile de faire évoluer leurs centres de données. Limites d’alimentation électrique, limites en matière de climatisation, limites en termes de surface disponible. Toutes ces limites, nous les avons atteintes plus vite que prévu. Selon Gartner Group, le coût de l’alimentation électrique pourrait atteindre 30 % des budgets informatiques dans quelques années, si rien n’était fait.

Pourquoi ? Essentiellement deux raisons.

Tout d’abord, le coût énergétique de chaque serveur. Il y a 8 ans, un serveur de grande diffusion consommait 35 W. Aujourd’hui, c’est presque 10 fois plus, puisqu’un serveur bi-socket x86 consomme près de 250 W.

Mais le facteur le plus important est bien le déploiement à grande échelle de ces serveurs dans l’infrastructure. Ces dernières années ont vu le déploiement de millions de serveurs de grande diffusion, essentiellement en technologie x86. Bien souvent, le principe de déploiement était : une application, un serveur.

Ce principe est souvent guidé par une vertu essentielle en informatique : celle de limiter les interdépendances entre les organisations, ce qui facilite dans un premier temps la gestion et l’administration. Dans ce contexte, partager un serveur peut être vu comme un facteur de complexité. Ou tout simplement créer un sentiment de dépossession pour son propriétaire, réel ou virtuel .

Pour les grands « datacenters » néanmoins, la cote d’alerte est atteinte. Et le moment est venu de réaliser que, pour ces milliers de serveurs déployés en quelques années dans l’organisation, leur taux d’utilisation doit être amélioré, sans compter les difficultés à les gérer – ou tout simplement à les identifier.

Sur l’agenda des DSI, l’objectif premier devient alors d’améliorer l’efficacité de l’infrastructure. C’est un facteur-clé au niveau de l’entreprise. C’est aussi un facteur-clé quand il s’agit de construire ces « mega-datacenters » de l’Internet. Si ces « usines informatiques » se mettent en place, elles ne pourront le faire que par une approche industrielle, où rationalisation, consolidation et virtualisation viendront en tête des pratiques à mettre en œuvre prioritairement.

Bonne nouvelle : les technologies d’aujourd’hui permettent de consolider les infrastructures avec des coûts accessibles. Alors, une nouvelle révolution industrielle pour l’informatique ? Certainement.

Nous avons vécu ces dernières années la révolution des systèmes de grande diffusion, qui ont vocation à gérer la plupart des charges applicatives, du calcul scientifique aux grandes bases de données. Tout cela avec une motivation qui était essentiellement économique.

Nous allons vivre maintenant une période où les technologies de rationalisation et de virtualisation vont se standardiser, avec là encore la même motivation économique. S’appliquant initialement au matériel et aux logiciels de base, la standardisation va s’appliquer désormais à toute l’infrastructure. L’efficacité écologique passera, en premier lieu, par l’efficacité économique.

Quel agenda pour Bull dans ce contexte ?

Nous voyons cette prise de conscience environnementale de façon extrêmement positive, à la fois pour l’impact qu’elle aura pour la société et pour la compétitivité de nos clients.

Bull, entreprise citoyenne, a lancé de longue date des initiatives dans ce domaine. Nos centres de production sont certifiés ISO140013 depuis 2001. Tous nos produits sont en conformité avec les directives RoHS4 depuis 2006 (ces directives ont été définies par l’Europe dès 2003). Nos procédures de recyclage nous permettent, chaque année, de retraiter 50 % des produits délivrés et 90 % des emballages.

Notre agenda technologique passe par de nombreuses initiatives, qui toutes concourront à maîtriser « l’empreinte carbone » de nos produits et services. En voici les plus importantes.
Pour les produits :

  • nos serveurs NovaScale et Escala intègrent d’ores et déjà les technologies les plus avancées en matière de gestion d’énergie, à commencer par les processeurs, que ce soit avec les processeurs Xeon et Itanium d’Intel ou avec le processeur Power6, qui tous permettent de réduire leur consommation tout en optimisant leur performance, et des technologies permettant d’allouer un « budget électrique » à un ensemble de serveurs au travers d’un outil d’administration du « datacenter » ;
  • l’optimisation de la chaîne de refroidissement, avec l’apparition de racks refroidis par eau fin 2007 ;
  • l’optimisation de la chaîne de distribution électrique, avec la limitation de convertisseurs et d’adaptateurs ;
  • la généralisation des technologies de virtualisation en mode natif sur l’ensemble de nos serveurs haut de gamme, qui doit permettre d’utiliser beaucoup mieux les capacités des serveurs.

Sans compter les technologies propres au « datacenter » lui-même. Leader en Europe de l’exploitation de grands centres informatiques, nous apportons à ceux-ci les développements les plus appropriés. La détection infra-rouge de points chauds, l’optimisation de la circulation de l’air, la mise en place de systèmes anti-incendie sans danger pour l’homme et l’environnement, la limitation des particules en suspension, sont quelques-uns des sujets sur lesquels nous investissons. Il faudra aussi mettre l’accent sur l’ingénierie du « datacenter » dans le cadre de sa restructuration, rendue nécessaire pour en améliorer la distribution électrique et les capacités de refroidissement. Car le « datacenter » de demain, s’il sera bien plus efficace dans sa consommation énergétique, sera aussi beaucoup plus puissant . Et Bull sera l’une des quelques sociétés en mesure de maîtriser cette complexité.

A court terme, nous mettons la priorité sur les approches de consolidation et de virtualisation, où les gisements de productivité et d’économie sont les plus importants. C’est tout le sens de notre initiative « gagner en flexibilité » qui sera lancée fin septembre.

Loin de tout battage médiatique inutile, Bull va à l’essentiel. Nous venons de mettre en place le plus grand centre de calcul européen, pour lequel les contraintes de maîtrise de la consommation sont particulièrement fortes. Avant tout, nous aiderons nos clients à optimiser les architectures de plus en plus complexes qu’ils ont à maîtriser. Parce que leur efficacité environnementale sera la condition de leur efficacité tout court.

1 Voir http://www.energystar.gov/index.cfm?c=prod_development.server_efficiency#epa

2 Selon une étude publiée en février 2007 par Jonathan G Koomey, du Lawrence Berkeley National Laboratory et de l’Université de Stanford

3 La norme internationale ISO 14001 a été rédigée sous l'égide de l’ISO. Elle prescrit les exigences relatives à un système de management environnemental (S.M.E.).

4 La directive européenne RoHS vise à limiter l'utilisation de six substances dangereuses. RoHS signifie "Restriction of the use of certain Hazardous Substances in electrical and electronic equipment", c'est-à-dire "restriction de l'utilisation de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques", tells que le plomb, plomb, le mercure, le cadmium, le chrome hexavalent, etc.

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