Le stockage doit faire sa révolution culturelle
Benoît Hallez, Directeur des activités stockage de Bull
TRIBUNE
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Avec l’explosion des volumes, accroître sans discernement les capacités de stockage ne peut plus suffire à maîtriser les enjeux de coûts, de risques et de performances. Faire un état des lieux des infrastructures et instaurer une politique de gestion globale des données est désormais indispensable. Mais il s’agit d’une véritable rupture… |
30 %, 40 %, 50 % de croissance annuelle... Les études n’aboutissent pas toutes au même chiffre, mais toutes sont formelles sur la tendance : les quantités de données stockées dans les systèmes d’information des entreprises explosent. Avec le développement du multimédia, les documents très lourds se multiplient. Avec la généralisation des services en ligne, les données clients s’accumulent. Enfin, avec le renforcement des contraintes réglementaires et légales, les durées de conservation s’allongent. Or la baisse des prix des systèmes de stockage n’est plus suffisante pour absorber ces volumes supplémentaires, ce qui se traduit par une dangereuse dérive des coûts.
En outre, l’expansion continue et massive des infrastructures de stockage soulève d’autres points préoccupants : la complexité et l’hétérogénéité, qui rendent la maintenance plus délicate, donc moins sûre et plus coûteuse ; la consommation énergétique, qui est en passe de devenir un enjeu majeur ; enfin, le risque, aussi bien technique que juridique, plus difficile à maîtriser. Coûts, performances, environnement, risques… en matière de stockage, ce sont une multitude de nouveaux défis auxquels les responsables informatiques vont devoir faire face, et ce à très court terme.
Jusqu’à présent, la réponse à l’accroissement des besoins de stockage a presque toujours été matérielle, avec l’acquisition de capacités supplémentaires. Mais, on le voit, ce réflexe n’est plus tenable car il n’apporte pas une réponse pérenne aux problématiques actuelles. Avant de se laisser emporter à de nouveaux achats, il convient de dresser un état des lieux des infrastructures de stockage. Or que constate-t-on alors dans la plupart des cas ? Les capacités, qui semblaient si limitées, sont en réalité souvent utilisées à moins de 50 %. Elles sont seulement mal réparties. On observe également bien souvent qu’aucune distinction n’est faite entre les données : par commodité, et en l’absence de politique spécifique, tout est empilé dans un coûteux système de stockage primaire, les niveaux de sécurité et de performance étant alignés sur les informations les plus importantes. À cet égard, l’entreprise ne gère souvent guère mieux ses données qu’un particulier sur son PC : même sécurité et même accessibilité pour des photos de vacances que pour une présentation professionnelle, archivage irrégulier, sauvegardes en bloc, aucune dé-duplication…
Ce constat peut apparaître excessif, voire cruel. Il correspond pourtant bien souvent à la réalité, mais, par manque de recul dans un contexte d’urgence opérationnelle, celle-ci est largement ignorée. Ainsi, plutôt que d’augmenter les capacités, la première réponse aux enjeux du stockage est de mieux exploiter les infrastructures existantes et d’utiliser pleinement les possibilités considérables des solutions de gestion intelligente du stockage. Quelques règles et politiques simples à instaurer et à mettre en œuvre peuvent apporter des bénéfices considérables : hiérarchiser les données selon leur criticité, leur usage et leur durée de conservation afin de différencier les traitements, et donc réduire les coûts et maîtriser les risques ; dé-dupliquer les documents, notamment les pièces jointes qui encombrent les messageries ; archiver, voire détruire, automatiquement les données inutilisées pendant un certain temps ; limiter strictement certains formats, en particulier les vidéos…
Pour mettre en place une telle politique de gestion globale des données, une première évaluation rapide de la situation, puis un audit plus poussé pour définir un plan d’action sont nécessaires. La technologie n’est alors qu’un instrument au service de cette politique, et c’est dans cette perspective, a posteriori, qu’elle est choisie. Relever les défis actuels et à venir du stockage nécessite donc un double basculement : passer d’un investissement matériel à un investissement en services et d’une approche par volumes à une approche par niveaux de service. Il ne faut pas sous-estimer l’impact de ces changements qui constituent une double révolution culturelle. Pour les responsables informatiques et leurs équipes, appréhender le stockage sous l’angle du service, aussi bien celui fourni par des prestataires extérieurs que celui apporté aux clients internes, constitue une véritable rupture. Mais la gérer et l’intégrer est aujourd’hui le prix à payer pour qui ne veut pas être englouti par ses données…


