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Octobre 2006
Parole d'expert

Open Source : l’évolution des communautés et des modèles économiques
Par Joe Alexander, Directeur de la stratégie logicielle et Président du comité de Direction de l’OSDL/DCL

Joe Alexander est Directeur de la stratégie logicielle de la ligne de produit NovaScale® et du développement stratégique de l’offre GCOS® de Bull. Dans ce cadre, Joe s’appuie sur les développements des technologies AIX®, Open Source et Intel et travaille étroitement avec clients, partenaires et consortiums industriels. Depuis 2004, Joe représente Bull au sein du consortium international OSDL (Open Source Development Labs), destiné à accélérer l’adoption de Linux® dans les « Data Centers ». En mai 2005, Joe a été élu Président du comité de direction de l’OSDL/DCL (Data Center Linux). Il a été réélu à ce poste en février 2006. Joe est également professeur adjoint et membre senior de la faculté de la Keller Graduate School of Management.

  Synthèse
Le logiciel libre (Open Source) transforme profondément la manière dont les organisations et les fournisseurs développent, intégrent et déploient les logiciels. Le phénomène Open Source est apparu en 1974, avec les premiers développements collaboratifs d’UNIX® et de TCP/IP sous licence BSD. Depuis, une alliance s’est progressivement nouée entre les premiers mouvements à l’origine des logiciels libres et les communautés commerciales. Des solutions solides et fiables basées sur l’Open Source sont désormais disponibles pour l’entreprise, offrant une grande liberté de choix aux organisations qui développent et déploient des solutions logicielles. Tout comme lors des révolutions historiques du PC et d’Internet, démystifier les idées préconçues est nécessaire pour bien prendre en compte et tirer parti des opportunités offertes par l’Open Source. Parmi ces mythes : le fonctionnement des communautés et les modèles économiques.
 

Qu’est ce que l’Open Source ?
Les logiciels libres sont des logiciels sous licence, dont le code source est disponible et distribué avec le produit. Les utilisateurs peuvent modifier ce code et ils peuvent – sous des conditions variables – le redistribuer.
L’Open Source n’est pas seulement une méthode de développement, c’est aussi un modèle économique et de distribution des logiciels. Qu’il s’agisse de R&D ou d’utilisation, les deux principaux vecteurs d’adoption de l’Open Source sont les suivants :
La volonté d’indépendance et de souveraineté ;
Les facteurs économiques.
Ces facteurs incitent tout particulièrement les autorités publiques, notamment les gouvernements, à encourager le développement de l’Open Source sur leurs territoires.
Le mouvement Open Source repose avant tout sur des phénomènes communautaires et de collaboration au sein de communautés. Ces communautés se caractérisent par leur fonctionnement démocratique.
Quatre principaux leviers économiques existent pour créer de la valeur avec l’Open Source :
Réduire les coûts de licence et d’exploitation ;
Réduire les coûts de R&D (Collaborative Return on Investment : C-ROI) ;
Développer des activités de services ;
Favoriser l’adoption de produits complémentaires.
L’implication très active dans l’Open Source d’acteurs majeurs de l’industrie informatique tels que Bull, HP, IBM, Novell, Oracle, SAP ou Sun, est une claire démonstration de ces atouts pour le 21ème siècle.

Quelles sont les caractéristiques des communautés qui réussissent ?
L’expérience montre que plusieurs facteurs sont clés dans la réussite des communautés Open Source :
Etat d’esprit et intérêts communs entre membres (institutions et individus) ;
Gouvernance conjointe et projet de développement centralisé ;
Absence de compétition entre membres de la communauté autour du logiciel développé;
Règle de la simplicité (« good enough ») pour les versions initiales ;
Orientation C-ROI avec R&D collaborative ;
Structure démocratique, avec responsabilité, expertise et participation de tous ;
Processus permettant d’assurer le développement, la pérennité et le support du produit.
L’OSDL (Open Source Development Labs) est un bon exemple d’une telle structure communautaire au sein de l’écosystème Linux. L’OSDL a été fondé en l’an 2000 par sept acteurs majeurs de l’informatique, afin de répondre à leurs défis communs vis-à-vis de Linux. Aujourd’hui, l’OSDL est supporté par plus de 75 membres, constituant ainsi un grand consortium réunissant les acteurs et utilisateurs majeurs de Linux. L’OSDL est sponsor de Linus Torvalds, le créateur du noyau Linux et oeuvre à accélérer le développement et l’adoption de Linux dans l’entreprise jusqu’aux applications de mobilité. C’est une organisation à but non lucratif, qui offre aux développeurs une infrastructure complète de développement et de test. Avec des bureaux en Chine, en Europe, au Japon et aux USA, l’OSDL soutient et sponsorise le développement de projets Open Source avancés, tout comme des initiatives pour le développement de Linux dans les télécommunications, les centres de données, les postes de travail ou les mobiles. Bull, membre de l’OSDL participe activement à l’initiative “Data Center Linux” (DCL), dont les membres m’ont choisi et élu pour présider leur Comité de Direction.

En 2006, l’OSDL/DCL a choisi d’inclure le secteur de la santé dans son champ d’action. Le 15 août dernier, au LinuxWorld Expo de San Francisco, l’OSDL a accueilli le tout premier événement Open Source international pour le monde de la santé. Cet événement a rassemblé 90 participants de l’écosystème informatique de ce secteur, incluant des éditeurs, des équipementiers, des prestataires de santé et des organismes de standardisation. L’objectif de l’événement était d’établir un dialogue qui puisse conduire à optimiser la qualité, l’efficacité et les coûts de la santé. L’événement a été lancé par la conférence du Docteur Ken Kizer, PDG de Medsphere Systems Corp, intitulée « Open Source et santé », qui a décrit les opportunités offertes par l’Open Source au monde de la santé et les grands défis auxquels il doit faire face. Un autre point fort de cette journée a été la table ronde finale de cette session, intitulée “Créer une communauté Open Source globale pour le monde de la santé.” Les intervenants se sont engagés à identifier les défis informatiques du monde de la santé que les logiciels Open Source peuvent adresser, ainsi que les actions spécifiques que la communauté Open Source peut engager dans ce domaine. J’ai eu le plaisir de présider cet événement, d’y donner une conférence et de conduire la table ronde de conclusion de cette journée. L’ensemble des présentations de ce LWE Healthcare Day est disponible sur OSDL Healthcare Day. Plus d’information sur l’OSDL dans son ensemble est accessible sur : http://www.osdl.org/ .

Où l’Open Source est-il utilisé?
Les logiciels libres sont utilisés dans l’ensemble des couches logicielles (infrastructure, service, processus) de l’informatique d’entreprise. Aujourd’hui, ils sont très présents dans le domaine des infrastructures : Web, outils de développements, systèmes d’exploitation, sécurité et bases de données. Néanmoins, des effort importants ont été faits pour monter dans les couches logicielles du niveau service, l’Open Source ayant ainsi aujourd’hui une présence importante dans le domaine des logiciels d’intégration et d’accès. En 2004, de nombreuses applications métiers Open Source sont apparues sur le marché.

Quels modèles économiques motivent les fournisseurs ?
Les premiers modèles économiques ont concerné la vente de support et de services autour de l’Open Source. Des sociétés comme Red Hat (Linux), JBoss (Middleware) et Compiere (ERP) ont été fondées autour de ces modèles. Bull est également acteur de ce modèle économique en tant que contributeur et intégrateur de solutions middleware pour les Architectures Orientées services (SOA, en coopération avec des consortiums tels qu’ObjectWeb et Apache). Ces dernières années, un autre modèle économique populaire auprès de nouveaux entrants est le modèle mixte, où l’éditeur utilise du code Open Source pour le logiciel de base et vend des extensions propriétaires. Des éditeurs tels que Sourcefire (sécurité) et SugarCRM (CRM) utilisent ce modèle économique. Des sociétés telles que MySQL et Sleepycat (bases de données) utilisent une licence spécifique et autorisent les utilisateurs à modifier et redistribuer le code source, sans avoir à rendre ces modifications de code disponibles au public. Ce modèle est appelé Open Source + achat. D’autres sociétés intègrent de nombreux composants Open Source dans des « packages » intégrés et validés, prêts à être déployés par les utilisateurs. Des sociétés telles qu’Exadel, Navica, SourceLabs, SpikeSource ou Bull utilisent ce modèle Open Source + agrégation. De nombreux fabricants utilisent aussi l’Open Source comme plate-forme logicielle pour leurs matériels. Ce modèle Open Source + matériel est utilisé par Cisco, Digium, Netezza et des constructeurs tels que Bull, HP et IBM. Bull a notamment développé avec succès cette approche dans le domaine du calcul haute performance (HPC - High Performance Computing) en combinant Linux, Lustre, NFS et d’autres solutions développées en mode communautaire. Le meilleur exemple en est TERA-10, le supercalculateur le plus puissant d’Europe et le 5ème au monde, conçu par Bull pour le CEA. Reposant sur Linux, TERA-10 utilise 85% de code Open Source, 10% de code propriétaire (issu de partenaires) et 5% de code Bull à valeur ajoutée, qui a été reversé à la communauté.
Enfin et c’est aujourd’hui un modèle économique majeur, les intégrateurs font un usage croissant de composants logiciels Open Source dans les applications qu’ils bâtissent pour leurs clients. L’avantage : offrir des solutions qui sont à la fois ouvertes et peu coûteuses. Bull, avec son offre de services Libre Energie™, compte aujourd’hui parmi les pionniers et les leaders européens dans ce domaine.

Quel est le futur de l’Open Source?
On dit parfois que l’Open Source n’innove pas, mais imite. Si l’on regarde l’activité de certains des plus célèbres projets Open Source (par exemple Linux, MySQL, PostgreSQL, OpenOffice, etc.), on pourrait être d’accord. Mais ce serait occulter les domaines dans lesquels l’Open Source a été pionnier, suivi par les logiciels propriétaires. L’exemple le plus éclatant est celui du serveur Web Apache. Les analyses de marché indiquent que 62% des sites Internet utilisent Apache aujourd’hui. Apache a fortement contribué à créer le marché des serveurs Web et continue d’en définir les grandes orientations. Son succès réside dans sa capacité à anticiper la demande, à offrir une grande stabilité, des performances et de la sécurité, tout en fournissant les fonctionnalités avancées attendues par les utilisateurs, bien avant ses concurrents commerciaux.
Au cours des prochaines années, les méthodologies Open Source devraient continuer à se développer fortement dans l’industrie du logiciel. L’une des raisons majeures de ce succès est liée à la capacité du logiciel de se développer de manière organique. Comme Eric S. Raymond l’a observé dans son essai La Cathédrale et le Bazar, « tout bon logiciel démarre de la bonne idée d’un développeur, qui trouve comment remédier à un problème qui lui tient à cœur ». Lorsqu’un groupe de développeurs commence à collaborer de manière ouverte, chacun apportant des idées et des solutions personnelles originales, il en résulte un logiciel qui répond à des besoins fonctionnels que les logiciels propriétaires ne couvrent pas.
Le stratégie "mixte” dite « blended », dans laquelle les composants propriétaires sont associés ou supportent activement des composants Open Source va continuer à se développer. Cela s’observe notamment dans le monde Java, avec BEA, IBM et Sun.
Linux et les logiciels Open Source devraient également se développer avec beaucoup de succès dans les composants embarqués (appliances) plus petits que les serveurs et les stations de travail, qui ont été leur domaine d’excellence traditionnel. En effet, ces fabricants ont découvert que s’appuyer sur des composants Open Source leur permettait de gagner en marge de manœuvre pour développer leur valeur ajoutée et leur différenciation dans les couches hautes de la solution logicielle.
L’intérêt pour la méthodologie Open Source se développe aussi au fur et à mesure que la demande pour les logiciels sécurisés croît. Ainsi que les utilisateurs de Microsoft l’ont constaté, le modèle économique fermé n’offre pas plus de protection. Un logiciel commercial peut disposer d’une Equipe Qualité de plusieurs dizaines de personnes. Un projet Open Source disposant d’une communauté active peut s’appuyer sur des milliers de testeurs et de contributeurs. Aujourd’hui, de très nombreux professionnels de la sécurité considèrent ainsi l’Open Source comme étant plus sécurisé que le code propriétaire.
Près d’un milliard de dollars en capital risque s’est récemment porté sur des sociétés spécialisées dans l’Open Source. Plus de 50 start-up ont pu lever des montants d’investissements conséquents au cours des toutes dernières années, notamment aux USA et en Europe. L’intérêt du capital-risque s’est particulièrement porté sur :
Les start-up pouvant s’attaquer aux acteurs établis ;
Les communautés robustes ;
Les fournisseurs de solutions basées sur les standards.
Ces investissements devraient se développer, alors que les nouveaux modèles économiques commencent à arriver à maturité. Les fusions et les acquisitions vont également se multiplier, comme ou l’a vu récemment avec le rachat de JBoss par Red Hat et l’acquisition par Oracle de plusieurs sociétés Open Source.

Conclusion
En 2006, la question des DSI et des architectes (utilisateurs comme fournisseurs) évolue de « devons-nous utiliser les logiciels et la méthodologie Open Source » à « quels logiciels Open Source devons-nous utiliser, dans quelles architectures, avec quel processus de transition, quelle méthode de sélection, d’intégration et de support, et avec quels partenaires ? ». En tant que contributeur pionnier, fournisseur de solutions Open Source et intégrateur, Bull architecte d’un monde ouvert, peut vous aider à libérer vos applications et vos systèmes d’information !

Plus d’information :
Les contributions de Bull à l’Open Source
L’offre de middleware Open Source de Bull
L’offre de services Open Source de Bull, leader en Europe : « Libre Energie »
Le livre blanc de Bull sur l’Open Source : « La révolution Open Source »

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